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Accueillir un enfant autiste en maternelle, qu’est-ce que cela implique ?

Enfant derrière une paroi de vers

L’autisme et le syndrome d’Asperger sont classés dans les neurodivergences : des différences dans le fonctionnement neurologique, qui ne sont pas une maladie, mais une caractéristique de l’enfant, comme la dyslexie, l’hyperactivité, etc.

La situation de handicap induite par l’autisme est beaucoup plus lourde que les autres troubles, en particulier parce qu’elle affecte la relation de l’enfant avec les autres. Elle demande aussi de la part des adultes des connaissances très particulières. Un incident récent a mis en évidence les difficultés qu’ont les parents pour trouver des structures qui accueillent les enfants autistes.

Scolarisation précoce des enfants autistes

Accueillir un enfant autiste en maternelle, c’est possible. Et c’est même souhaitable. L’accès à une scolarité et un environnement « neurotypique » est extrêmement bénéfique, quand il est possible. Mais c’est une décision importante pour les parents, l’enfant, l’équipe pédagogique, qui ne doit pas se prendre à la légère. Si la scolarisation se passe mal, il y aura au contraire un impact négatif pour l’enfant.

Bien sûr, cela implique que l’autisme a été diagnostiqué. On peut suspecter et diagnostiquer l’autisme vers 2-3 ans, souvent cela se fait plus tard, pour beaucoup de raisons (pas d’accès à des professionnels compétents, confusion avec d’autres troubles…) ce qui veut dire, concrètement, qu’un enfant autiste peut être inscrit en maternelle sans que son trouble soit identifié. Il revient alors à l’équipe pédagogique d’identifier les signes de l’autisme.

Manifestation et impact de l’autisme

Fondamentalement, l’autisme est un trouble qui empêche la personne de trier automatiquement, comme nous le faisons tous sans nous en rendre compte, les « stimuli » importants et ceux qui sont secondaires. Quand vous êtes à l’extérieur, par exemple, vous ne « voyez » les feux de circulation que si vous devez traverser ou si vous cherchez un repère pour vous orienter. L’autiste, lui, les verra de façon aussi présente que le visage de la personne qui est en train de lui parler. De la même façon, les sons ne sont pas filtrés par le cerveau, etc. L’autisme est donc en permanence dans un monde où il est sur-stimuler de façon très douloureuse, et il s’isole pour se protéger.

Concrètement, cela se traduit par : 

  • des difficultés dans les relations sociales (reconnaître le non verbal et l’interpréter) et une diminution des capacités de communication verbale et non verbale
  • une anxiété devant tout changement d’environnement (modification de l’environnement que l’autiste a appris à analyser)
  • restriction des centres d’intérêts, activités répétitives et stéréotypées, importance des rituels qui « cadrent » et rassurent
  • difficulté à exprimer ses émotions et sa douleur, et crises quand l’autiste est submergé par celles-ci

… et, par conséquent, des difficultés importantes d’apprentissage, qui peuvent conduire à un retard important, alors que l’autisme n’est pas un retard mental.

J’ai pu constater des différences entre ces enfants sur le plan intellectuel mais aussi social. L’enfant que j’ai cette année dans ma classe n’a pas en soi de problèmes scolaires. Il a des difficultés dans ses rapports aux autres mais se laisse approcher par l’adulte. Il autorise même l’interaction avec ce dernier.

[…]

L’enfant que j’ai côtoyé lorsque j’étais enseignante en CP avait un retard scolaire évident et ne se laissait que très rarement approcher par l’adulte. Il n’aimait pas qu’on le touche et son regard était fuyant. […]

Quoi qu’il arrive, les troubles des deux enfants se rejoignent en ce qui concerne un élément majeur : leur univers. Ils sont dans leur bulle et décrochent très facilement en classe. Ils sont comme attirés par un ailleurs et il leur est impossible – intellectuellement – de rester dans le groupe-classe.La place des enfants autistes à l'école maternelle aujourd'hui : la parole aux institutrices

Adapter l’école à l’enfant, pour qu’il s’y adapte

L’environnement scolaire de l’enfant autiste doit l’aider. Les recommandations données par les professionnels correspondent, à peu de chose près, à l’organisation des salles et des espaces chez Touchatou, avec des zones de couleurs spécifiques, des emplois du temps visuels…) et l’importance des rituels.

D’autres éléments sont plus spécifiques.

La sensibilité sensorielle des enfants autistes les fait réagir plus fortement à leurs couleurs favorites ou à celles qu’ils détestent, c’est un des points à vérifier avec les parents.

L’enfant est plus rassuré quand il a une place fixe, au lieu de changer de table en table au cours des différentes activités, comme nous le faisons. Cette place, dans la mesure du possible, doit être dans un endroit protégé des stimulations, à distance de la porte ou d’une fenêtre. Certains enfants ont besoin d’une sorte de bulle, comme un petit paravent. Et ils doivent disposer d’un espace refuge, au grand calme.

L’importance de l’AVS

Selon le degré des troubles, la présence d’une assistante de vie scolaire peut être nécessaire. Elle aide la maîtresse qui doit pouvoir se consacrer à l’ensemble de la classe, elle peut aussi intervenir en cas de problèmes avec d’autres enfants, répondre aux besoins de répétition de l’enfant. Enfin, formée à des méthodes spécifiques (l’ABA, le TEACCH…) elle répond aux besoins éducatifs particuliers et permet à l’enfant de bénéficier au maximum de ce moment de vie scolaire.

La scolarité d’un enfant autiste, un effort épuisant et nécessaire

Bien menée, une scolarisation précoce aide l’enfant en lui apprenant très tôt à gérer ses stimulations de la bonne façon, à interagir avec d’autres. L’effort que cela lui demande est épuisant, aussi, la plupart du temps, cette scolarisation est réduite, avec moins d’heures dans la journée que pour les autres enfants.

La scolarisation est une décision importante qui se prépare

Néanmoins, nous insistons sur la préparation nécessaire. Un échec est encore plus lourd pour l’enfant que pas de scolarisation : l’enfant aura été confronté à des changements à répétition (inscription, désinscription) et il aura très certainement vécu des expériences négatives, qui peuvent le conforter dans ses stratégies d’évitement. Sans parler, éventuellement, de l’impact sur les autres enfants de la classe.

Être prêt à accueillir un enfant autiste, comme nous le sommes, relève de nos principes et de notre éthique. Accueillir un enfant particulier demande que nous soyons en capacité de le faire, ce n’est pas toujours le cas.

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